Abyss – le Kraken sort des profondeurs

Sous les agitations de la surface,
Loin, loin, dans le calme des abysses,
Enveloppé de son très vieux sommeil sans rêve,
Repose le Kraken.

                                                  Le Kraken de Tennyson, 1830

 

AKactionnaireKraken est une extension conçue pour Abyss, de Bruno Cathala et Charles Chevallier (dont vous avez l’interview en exclusivité sur le blog pas loin bande de petits veinards). Édité chez Bombyx, bénéficiant d’une mécanique de jeu simple et néanmoins carrée soutenue par les superbes illustrations de Xavier Collette, le jeu, destiné aussi bien aux joueurs occasionnels qu’aux routards chevronnés, fut un énorme succès de 2014.

Ayant eu la joie de tester cette extension en avant-première à la Boite à Chimère (Abyss-Kraken est sorti le 6 novembre), on vous en dit tout le bien qu’on en pense. Et puis du mal aussi sinon c’est pas drôle.

 

Patrick l’étoile de mer : Je le vois !
Bob l’éponge : Où ça ?
Patrick l’étoile de mer : Désolé j’ai oublié !

AKfaussaireDonc Abyss est un jeu pour 2 à 4 joueurs, chacun pour sa pomme. Vous devez fédérer des alliés, des cartes de couleurs et de valeurs différentes parmi cinq peuples afin de recruter des seigneurs (achetés en utilisant ces alliés) qui eux même vont vous permettre d’acquérir un pouvoir ou de contrôler des territoires. Vous pouvez bien entendu réunir des seigneurs de différentes factions durant la partie, chacune ayant ses propres avantages (apport en perles, influence sur les alliés ou les seigneurs, voire épine dans les nageoires de vos adversaires).

Lorsque l’un des joueurs achète son septième seigneur, la partie s’arrête et on compte les points. Celui qui en a le plus gagne (ô surprise !).

Mécanique simple à appréhender (15 minutes d’explication, un tour de jeu et vous avez tous les atouts en main), bien huilée, tout le monde pige vite et peut gagner à sa première partie. Les experts, eux, n’auront que l’avantage de tenter des stratégies et des combo qu’ils ne sont pas certains de pouvoir terminer ; mais si c’est réussi, ils explosent les scores. Bref un vrai jeu ludique, fin et qui pousse les neurones vers le haut sans être inaccessible.

Regarde bien le monde qui t’entoure, dans l’océan parfumé.
On fait carnaval tous les jours : mieux, tu ne pourras pas trouver !
                                Sébastien, dans La Petite Sirène, Walt Disney

 

AKexploiteurLe magnifique matériel nous plonge dans l’ambiance des profondeurs océaniques. Nos abysses sont habités de peuples et seigneurs aux tronches de poulpe et de poisson de bon aloi, presque crédibles, et la monnaie du jeu est représentée par des (fausses) perles de nacre.
Les territoires et seigneurs étant nombreux et diversifiés, on obtient des parties qui se renouvellent à chaque fois. Les stratégies s’adaptent au fur et à mesure du jeu, les terrains peuvent permettre des combos de spécialisation dans un peuple, etc.

Kraken est donc l’extension venant pimenter un peu plus le jeu de base. Pas grand chose au premier abord, juste un peuple de plus… qui à lui seul génère un impact sur l’ensemble des éléments du jeu : les contrebandiers.

Nouveaux seigneurs, nouveaux terrains qui les accompagnent, nouveaux alliés de ce peuple et… la corruption.

AKcomptableLes nouveaux alliés (à l’image du Kraken) à fédérer sont incolores, vous allez ainsi pouvoir leur faire remplacer n’importe quelle faction nécessaire pour recruter, quel que soit le seigneur voulu. Malheureusement, lorsque vous utiliserez ces alliés, ils vous apporterons des perles de corruption (les nébulis). Celles-ci servent comme les autres perles mais vous ne pourrez payer avec que lorsque vous n’aurez plus de perle blanche (et dans la limite d’une perle noire par achat). Le hic, c’est que le joueur ayant le plus de corruption va attirer le regard du Kraken, une petite figurine à poser devant soi. En fin de partie le joueur ayant conservé le Kraken perdra 5 points sur son score total.
Sachant que dans le jeu vous êtes parfois amené à donner une perle à un autre joueur, imaginez votre joie lorsque vous lui refilez une perle noire et en prime, avec votre plus beau sourire, le petit Kraken s’il devient le plus corrompu de la table.

AKvigie3Mais ce n’est pas tout. Certains seigneurs contrebandiers, les sentinelles, ont un pouvoir fort intéressant : ils vous donnent accès à un jeton que vous pourrez poser sur une carte territoire ou un seigneur, pour la réserver, en interdisant ainsi l’achat à vos adversaires. Que ce soit pour contrecarrer un adversaire ou empêcher les autres de vous voler ce qui vous revient de droit — enfin ce que vous estimez l’être pour gagner. C’est un autre petit aspect tactique venant se rajouter à ce qui existait déjà dans le jeu de base.
Ainsi votre serviteur lors de sa partie test a pu remporter la victoire en se réservant un territoire et ainsi optimiser ses chances en restant concentré sur une faction unique.

Sachant qu’il y a trois seigneurs de la sorte dans le jeu, vous pouvez imaginer les coups fourbes et tordus possibles si chacun en recrute un.

 

La mer est le vaste réservoir de la nature. C’est par la mer que le globe a pour ainsi dire commencé, et qui sait s’il ne finira pas par elle ! Là est la suprême tranquillité.
        Capitaine Nemo, 20 000 lieux sous les mers, Jules Verne

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Enfin parmi les nouveaux territoires, on trouve les repères des contrebandiers. Ceux-ci ont une mécanique spécifique pour calculer les points qu’ils rapporteront à la fin et se jouent avec des cartes supplémentaires fournies avec l’extension.

Lorsque vous récupérez une ruine ou épave, ces nouveaux terrains, vous allez jouer un petit jeu de  « stop ou encore ».

maraichereLes cartes représentent des trésors, d’une valeur de 4 à 7. Il y a sept valeurs 7, six cartes 6, etc. La première carte piochée donne la valeur de votre territoire correspondant au chiffre indiqué. En choisissant d’en tirer une nouvelle, vous prenez un risque : si la valeur est différente, vous additionnez les points, mais si elle correspond à une carte déjà associée au territoire, la ruine s’effondre et les deux cartes identiques s’annulent, ne vous faisant bénéficier que des éventuelles autres cartes restantes du territoire. Simple et jouissif (tout le monde autour de la table retient son souffle et va commenter le tirage du joueur) cette mécanique de jeu dans le jeu apporte un petit plus sympathique qui ne déséquilibre pas l’ensemble. La valeur obtenue grâce à ce système est plus ou moins équivalente aux points apportés par les autres territoires, mais c’est un coup de poker. Avec de la chance vous aurez peut être un haut score en points, mais sans votre bonne étoile vous pouvez vous en sortir avec un territoire nul et inutile. Bien fait pour vous !

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Quand tu regardes l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi.
                                                Nietzsche

passionariaPour ne pas nous taxer de partialité on peut quand même parler des quelques regrets concernant Abyss.

Par exemple, cette extension ne va pas permettre une meilleure rotation des seigneurs, pouvant bloquer un joueur pendant plusieurs tours si ses adversaires ne recrutent pas. Sachant qu’il y en a 7 maximum disponibles sur le plateau et qu’au pire — en cas de place vacante —, il vous faudra peut-être un tour pour gagner une perle afin de tirer un nouveau seigneur… perle potentiellement noire maintenant.
Mais c’est une contrainte mineure réservée à ceux qui désirent optimiser leur jeu, les autres recruteront ce qu’ils peuvent et basta !

Autre regret personnel : il y a peu d’échanges autour de la table. On ne joue pas religieusement en se concentrant à fond, mais il est vrai qu’un peu d’actions entre joueurs apporterait un côté plus interactif à Abyss. Et encore une fois, l’extension ne vient pas changer la donne.

Et c’est tout. Pas besoin de chercher plus, le jeu est une réussite et la sortie de son extension va apporter un peu de fraicheur dans vos fonds marins.

AKboitehypnotiseurAbyss – Kraken est un jeu de Bruno Cathala et Charles Chevallier
Illustré par Xavier Collette
Édité par Bombyx
Sortie le 6 novembre 2015
Prix aux environs de 18 €

Le jeu de base est nécessaire pour y jouer.

 

 

 

nettoyeurAbyssAbyss, le jeu de base, est une création des mêmes Bruno Cathala et Charles Chevallier
Illustré par Xavier Collette
Édité par Bombyx
Prix aux environs de 40 €

 

 

 

 

soigneuse

abyss-universe-l-artbook

Vous pouvez aussi plonger plus avant dans l’univers d’Abyss avec l’Artbook Abyss – The Univers, un recueil reprenant les illustrations de Xavier Collette, agrémenté de nouvelles écrites spécialement pour l’occasion par cinq auteurs : David Calvo, Lionel Davoust, Matthieu Gaborit, Thomas Hervet et Rozenn Illiano.

Prix : 24,90 €

L’ensemble des illustrations de cet article sont © Bombyx 2015

Satan

Satan, ennemi publique numero 1 depuis des millénaires, grand strateguerre de la soirée murder, ayatollah du jeu du rôle, prince du Deck building et Parain de la mafia ludique au sein de la Boîte à Chimère.

8 pensées sur “Abyss – le Kraken sort des profondeurs

  • 9 novembre 2015 à 11 h 44 min
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    Excellent article.
    Je reprends une petite discussion que nous avons eu concernant les regrets exprimés dans cet article : je ne suis pas d’accord avec la « critique » faite concernant la rotation des seigneurs. Un joueur qui se dit bloqué parce qu’il n’a pas les Seigneurs qu’il lui faut fait une erreur : étant donné le nombre de Seigneurs différents dans le jeu, il ne faut pas construire sa stratégie sur le fait de pouvoir récupérer telle ou telle carte. Abyss est aussi un jeu d’opportunisme : même si on s’est fait un début de stratégie, il faut regarder toutes les opportunités qui se présentent et en profiter. Les Seigneurs disponibles ne nous intéressent pas ? OK alors on va en profiter pour améliorer ses points d’Alliés, ou se faire une grosse main… ou regarder si, par hasard il n’y quand même pas un Seigneur qui me permettrait de me faire une douzaine de points faciles. On n’a pas assez joué souvent ensemble mon cher Satan 😉

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  • 9 novembre 2015 à 21 h 58 min
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    Tiens j’avais compris que si on tirait deux cartes pareilles on perdait tout et pas seulement celles qui étaient en double …

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    • 10 novembre 2015 à 18 h 26 min
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      Nope Mademoiselle H. je confirme le point de règles : on ne perd que les cartes en doubles… ce qui vient assez vite étant donné qu’il n’y a que 4 valeurs possibles.

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      • 11 novembre 2015 à 17 h 13 min
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        Ah bah on avait mal compris lors de notre partie test alors. C’est mieux comme ça !

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  • 9 novembre 2015 à 22 h 21 min
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    Euh pardon sinon effectivement excellent article.

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  • 9 novembre 2015 à 23 h 58 min
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    Alors, déjà j au repris une critique de quelqu’un d autre. Mais j avoue, lors de plusieurs parties, il m est arrivé d être frustré au niveau des seigneurs. Par exemple, Je joue le rush (gagner très vite 7 seigneurs avant que les autres engrangent des points.)
    Je pense bien jouer, 5 seigneurs quand les autres en ont qu’ un ou deux, j achète le 6 ème, panique autour de la table puisque je peux gagner vite.
    Et la pas de bol; j ai une bonne main, une ou deux perles, et rien à acheter car chaque tirage tombe sur un seigneur que je peux pas acheter. Pas parce que les autres jouent contre moi, pas parce que je me suis bloqué tout seul, mais je perds mes perles à sortir de nouveaux seigneurs, Et pas de bol: j ai disons 3 couleurs en main, et il n y a que des seigneurs d une couleur, ou de toutes les couleurs que j ai pas, je peux rien faire, sauf voir les autres engranger des points pour me rattraper.
    Et si tu comptes bien, il faut 3 tours pour récupérer au moins une perle, un seigneur que je peux acheter, ou une bonne carte, en espérant que les autres vont pas prendre les seigneurs que je peux prendre. Ce qui refait dépenser une perle si je veux voir un nouveau seigneur, mais mon jeu est dévoilé aux autres, bref. C est frustrant.

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  • 10 novembre 2015 à 0 h 00 min
    Permalink

    Pas de ne pas gagner. Mais de passer des tours à rien faire en fait.

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  • Ping : Imaginarium, le jeu pas encore sorti dont on a déjà envie de parler. – La Boite à Chimère

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