Greenville 1989

Greenville 1989

A la veille d’un nouveau festival international des jeux de Cannes, édition 2020, c’est en apprenant la sortie prochaine d’un nouveau jeu de chez We Are Sorry French, Paris 1889, que je me remémore une expérience ludique sans pareille, Greenville 1989.

Comme nous le savons tous, la décennie 80 est la meilleure qui ait jamais existé. La preuve avec la mode au ciné et en série qui ne cesse de nous abreuver de références multiples, Ready Player One, Stranger Thing, Star 80, je plaisante. C’est dans ce contexte de joyeuse nostalgie que Sorry We Are French revient vers nous après Ganymède et Immortal 8.

Cette fois-ci l’éditeur nous propose une expérience inédite qui ravira les fans de jeux de cartes ambigus comme Dixit, Mysterium ou Shadow Amsterdam. Mais aussi les fans de jeux de rôle. De jeu de rôle ? Mais que viennent-ils faire dans un jeu de plateau ??? Et bien les rôlistes pourront trouver leur compte car un des enjeux sera de raconter une histoire différente pour chaque joueur et de s’immerger dans chacune. 

Le jeu se compose de nombreuses cartes lieu représentant Greenville, de six barres de personnages représentant des ados des années 80 qui accueilleront les cartes lieu au fil de la partie. Mais aussi des jetons personnage en double ainsi qu’un plateau des Passages vers l’Autre Monde, j’y reviens plus tard, Niark Niark Niark…

 

Samedi soir à Greenville, comme tous les ados, vous sortirez au bowling pour retrouver vos amis. Mais avant cela une sieste bien méritée s’impose. Au réveil, vous êtes seuls et la vision que vous avez est pour le moins étrange, représentée par une première carte lieu que chaque joueur place au-dessus de sa barre. À tour de rôle chaque joueur va raconter en fonction de sa carte comment il est arrivé là, ainsi que les actions qu’il compte faire. Petit plus, vous pouvez interpréter votre personnage, cela donnera une partie plus théâtrale. Role Play is Life.

 

Marty : « Je me suis réveillé dans la salle à manger sans lumière, juste le grand miroir illuminé. Tout d’un coup le miroir s’est brisé !!! Des tentacules de pieuvres sont sortis de derrière, elles ont voulu m’agripper ! Heureusement j’ai eu le temps de sortir un couteau de cuisine du buffet et pu couper un de ces tentacules. Comme je ne vois rien dans cette pénombre, je pars chercher une lumière… »

 

Cindy : « Je ne comprend pas ce que je fais dans le jardin ! J’étais dans ma chambre à refaire mon brushing, j’ai senti comme un évanouissement. Mais allo quoi ! Et là je suis dehors, devant le potager de mon père. Et là c’est l’horreur ! La citrouille de mon père s’est transformée en citrouille d’halloween vivante et énorme. Le nain de jardin de mon daddy est complètement destroy. Et puis cette odeur de pourriture. En plus il y des tombes qui commencent à jaillir de terre. Je tente de sortir du jardin… »

Kim : « Moi j’étais parti me promener dans les champs pour notre devoir de bio. J’ai eu soudain une envie folle de faire une sieste au milieu d’un pré. A mon réveil, tout était blanc, avec un brouillard très étrange. Petit à petit, il s’est dissipé, et j’ai pu voir des fleurs de pissenlit géantes, au moins deux mètres de haut, il y a même un papillon énorme. Intéressant pour le cours de bio. Soudain, j’ai flippé grave quand j’ai vu ce crâne gigantesque. Comme si c’était un signe de danger. Du coup j’ai couru vers le brouillard… »

Brandon : « C’est quand je suis revenu de mon entrainement de foot, que j’ai eu un petit malaise. Pourtant en tant que Quaterback des Sorryboy de Greenville, je tombe pas dans les pommes aussi facilement… Quand j’ai repris mes esprits, j’étais devant la maison de mon oncle Charlie dans les bois. Le truc bizarre, c’est que tout était rouge, les feuilles sur les arbres, l’eau du lac, et surtout du sang partout comme si il y avait eu un massacre. D’ailleurs il y a une machette plantée dans l’arbre avec plein de sang. Je cours dans la maison pour voir où est Charlie…”

 

Une fois cela fait, un premier joueur joue le fantôme et tire un nombre de nouvelles cartes équivalent au nombre de joueurs plus une. Puis il place face cachée le premier exemplaire de chaque jeton personnage sur une carte en fonction de ce qu’il estime cohérent par rapport à l’histoire précédemment racontée par chacun. Il faudra bien regarder les cartes pour trouver des similitudes.

Tous les autres joueurs se concertent (pendant que le fantôme actuel ne parle pas et se décompose) et placent le second exemplaire des jetons de chaque personnages sur les cartes lieu qu’ils pensent corrects, dit autrement, les joueurs doivent placer les différents personnages au même endroit que le fantôme.

Cette phase de jeu est l’occasion de débattre autour des nombreux détails de chaque carte qui auraient pu influencer le fantôme .

 

Marty : « Quand j’attrape la lampe torche accrochée près de l’entrée, j’entends mon walkman jouer une musique… Je retourne dans la salle à manger. Je ne peux pas  partir sans mon walkman. J’allume la lampe-torche. Dans le faisceau de lumière, je reconnais la pièce. Grâce au son de la musique, j’adore les Red Hot, je me dirige vers mon Sony. Le son se fait plus fort, j’approche. Il y a du sang un peu partout. Là, à côté de la machine à écrire de ma mère, mon walkman. Je tend la main pour le prendre quand soudain, d’autres tentacules m’attrapent la main… »

Cindy : « Quand je commence marcher dans le jardin, les tombes ont fini de sortir de terre, il y en a plein, un vrai cimetière, mais allo quoi, c’est quoi ce délire… Je passe entre les pierres tombales, quand tout à coup une main m’attrape la cheville ! AAAAAAAAHHHHHHH !!!!! Je cours, je cours, et plein de mains tentent de m’attraper… »

Kim : « Le crâne s’est mis à s’envoler et à grossir et grossir, jusqu’à devenir aussi gros que la Lune. Cela pourrait être intéressant pour le club d’astronomie… C’est pas le moment Kim. Car là je flippe un peu grave quand même. Surtout que y a du sang qui coule des orbites de ce crâne-lune… »

Brandon : « A l’intérieur plein de sang partout, mais pas de trace de Charlie, je cherche partout. Quelque chose bouge sous le lit, je me penche pour regarder. “- Charlie ? “ Sous le couchage dans l’ombre, une forme sombre semble bouger doucement. Soudain deux yeux couleur de feu me fixent et j’entends un grognement terrifiant. Je recule d’un bond en arrière, me relève et sors de la maison… »

 

Après délibération on vérifie la concordance entre les jetons du fantôme et ceux des joueurs actifs. Chaque personnage bien positionné recevra le lieu correspondant qu’il placera au-dessus de son lieu précédent ; Le but étant pour chaque personnage d’avoir au moins 4 cartes lieu ce qui permet de gagner la partie.

En revanche les joueurs dont l’association est mauvaise défausseront cette carte lieu et devront avancer leur jeton errance sur le plateau des Passages vers l’Autre Monde, ce qui n’est pas totalement anodin. En effet, si un personnage venait à arriver à la fin d’un des Passages, la partie serait perdue pour tout le monde ! Heureusement, certaines places sur le chemin possèdent des bonus afin d’aider les joueurs.

A chaque manche, on procède ainsi à une avancée des jetons errance pour les mauvaises associations et au gain de cartes lieu pour les bonnes. On passera ensuite à une nouvelle manche en donnant le rôle du fantôme au joueur de gauche. La partie s’arrête quand la condition de défaite ou de victoire est remplie : un personnage arrive au bout d’un des Passages, défaite ou 4 cartes lieu pour chacun, victoire.

Ce jeu est pour moi une petite révolution dans les jeux type Dixit car il ouvre une expérience théâtrale inédite dans le jeu de société. L’immersion dans cet univers très sombre, le fait qu’il soit joueurs dépendant, la simplicité des règles font de ce titre une de mes meilleures expériences ludiques de ce Cannes 2019. Ce jeu demande un investissement dans la partie car ce sont les histoires que se racontent les joueurs qui font le sel de ce jeu.

De plus le fait que le rôle de fantôme change à chaque manche amène l’obligation que chacun soit investi dans la partie .

Mais le jeu peut être clivant pour certains car ses forces peuvent être des faiblesses si les joueurs n’arrivent pas à s’immerger dans l’univers ou s’ils n’aiment pas raconter d’histoire ce qui peut donner l’impression d’un pari sur les cartes qui vont tomber sans réel contrôle. A mon sens le contrôle s’obtient en racontant des histoires complètes en étant sûr qu’il n’y ait aucun détail similaire aux histoires de ses coéquipiers.

Voilà c’était mon avis sur Greenville 1989 chez Sorry We Are French qui compte déjà pas mal de parties dans nos soirées de la Boîte à Chimère.

Greenville 1989

Auteur : Florian Fay

Illustrateur : David Sitbon

Editeur : Sorry We Are French

Date : 2019

Joueurs : 3 à 6 joueurs

Durée : 20 à 40 min

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