Vis ma vie de bousier avec Karmaka

Salut ! J’imagine que le titre aguicheur a titillé ta curiosité alors vas-y, installe toi, prend un verre, fais comme chez toi. J’ai des cacahuètes et des chips dans le placard. Mets-toi bien pendant que je te raconte ce qui m’est arrivé il y a quelques mois, quand j’ai atteint l’orgasme ludique (je n’exagère jamais c’est bien connu).

  • Je raconte ma life de quand j’étais au FIJ 2017 de Cannes

En février, j’étais au Festival International des Jeux à Cannes. C’était la deuxième journée, j’avais enchaîné pas mal de jeux et au détour d’une allée, je me fais alpaguer avec mes trois comparses par un animateur fort sympathique et fort chevelu pour tester un jeu. Fatigués, on hésite un peu mais on accepte finalement parce qu’on était avant tout à Cannes pour tester des jeux, et aussi parce qu’à ce moment-là on n’avait rien d’autre à faire. On nous explique les règles rapidement, la partie commence et là BOUM !! La révélation. Le déclic. L’omniscience. L’As d’Or de mon cœur. Je suis ressorti de cette table en n’étant pas le même. D’abord parce qu’en arrivant je suais à grosses gouttes et qu’en jouant, j’ai eu le temps de sécher. Mais surtout le jeu m’a scotché, il était cool comme disent les jeunes. Cool comme Yannick Noah dans les années 80. Cool comme le type qui prend le potage tomate à la machine à café du boulot. Cool comme François Fillon qui fait un DAB (ne pas confondre avec distributeur automatique de billets). Face à ça, j’ai voulu savoir si mes camarades ressentaient eux-aussi quelque chose en bas du ventre, comme quand on est amoureux ou qu’on a mangé mexicain. Et effectivement, Karmaka est un jeu qui ne paye pas de mine mais qui a eu son petit effet chez ceux qui l’ont testé à la BAC (Boite à Chimères, pas Brigade Anti-Criminalité et promis j’arrête de faire ces jeux de mots). Avant de rentrer dans le détail des règles, je vais tâcher d’expliquer une partie pour 3 ou 4 joueurs. En effet les règles changent légèrement à 2 joueurs et je n’ai pas eu l’occasion de tester ce mode de jeu-là. Voilà, vous êtes prévenus mais si vous voulez toutefois lire les règles, le PDF est disponible ici et sera au passage plus clair que les explications que je m’apprête à vous livrer. Oui j’ai foi en moi.

  • Les règles expliquées beaucoup moins simplement que dans le livret de jeu

Donc Karmaka comme son nom ne l’indique pas (quoique le mot karma peut y faire penser) est un jeu où il faut atteindre un état de transcendance pour gagner. Chaque joueur commence à l’état de bousier et doit évoluer 4 fois : respectivement en serpent, loup puis singe avant de devenir un être supérieur (comme moi) et gagner la partie. Pour cela, des cartes de 4 couleurs différentes (bleu, vert, rouge et multicolore, dite mosaïque qui servent de bonus) sont mélangées et disposées en différents tas. Il y a une pile principale appelée la Source ainsi qu’une défausse communes à tous les joueurs, de son petit prénom la Fosse. Néanmoins, chacun dispose aussi de sa propre Pile dans laquelle il pioche prioritairement, sa Vie future (qui constitue la main qu’il aura après s’être réincarné), et ses Œuvres qui lui permettent de se réincarner. Lors d’un tour, un joueur pioche dans sa Pile sauf si elle est vide, puis il joue obligatoirement une carte (sauf si sa Pile n’est pas vide, dans ce cas il peut passer son tour même si je ne vois pas l’intérêt). Il y a trois façons de jouer une carte :

  • l’activer pour son pouvoir. L’effet peut viser soit un adversaire que le joueur actif choisit, soit personne. Dans le premier cas, la personne visée peut choisir de conserver la carte pour sa Vie future. Sinon elle est jetée à la fosse. Dans le second cas, la carte passe à tour de rôle chez chacun des joueurs dans l’ordre du tour. Ils peuvent la garder pour la Vie Future. Si personne ne la prend, elle est défaussée.
  • La garder pour sa Vie Future. On ne montre alors la carte à personne, on se contente de la poser face cachée dans le tas correspondant.
  • l’utiliser pour faire son œuvre.

Faire son Œuvre est ce qui permet de pouvoir évoluer. Il est donc parfois intéressant de dédier sa vie à La faire plutôt que d’aller pourrir ses camarades. Si le joueur décide de jouer une carte ainsi, il la pose alors devant lui face visible et la valeur de la carte – un, deux ou trois – est alors prise en compte. Toutefois, une Œuvre ne peut être composée que de cartes de la même couleur, sauf les cartes dites Mosaïques qui sont des bonus et qui, bien que ne valant qu’un point, vous permettent parfois d’évoluer in extremis. Néanmoins, il faut bien choisir au début de sa nouvelle vie avec quelle couleur on effectue son Œuvre car Elle n’est pas à l’abri de certains effets de cartes. Il faut donc faire attention car chaque évolution a un coût qui augmente (4 pour commencer, puis 5 et ainsi de suite jusqu’à 7 pour atteindre le haut de l’échelle karmique et gagner) et si notre total correspond pile au score demandé, on n’est pas à l’abri d’une catastrophe (hein David ! Désolé c’était vraiment très drôle).

En effet se réincarner demande un tour complet. Ainsi quand un joueur n’a plus de cartes dans sa pile et qu’il vient de jouer sa dernière carte en main, il doit attendre le prochain tour pour se réincarner. Hors il suffit que les trois margoulins entre temps jouent quelques effets indésirables pour que l’Œuvre se fasse sauvagement détruire. Mais, parce qu’il y a un mais, ce jeu est vraiment bien fichu donc les effets qui nuisent aux Œuvres ne ciblent que la carte posée en dernier comme Œuvre. Donc le joueur malin aura terminé par une carte de valeur 1 en dernier, au cas où. Quoi qu’il en soit si les joueurs sont des pacifistes et que le tour se passe sans problème, le joueur se réincarne ; ses œuvres sont défaussées, le joueur prend les cartes de sa vie future qui lui serviront de main le tout étant d’avoir 6 cartes minimum en comptant sa Main et sa Pile. Si ce n’est pas le cas, il faut piocher la différence et l’ajouter face cachée à sa Pile, et le tour se termine alors ici. Si le joueur échoue à faire une Œuvre (ce qui en soit arrive assez souvent), il se passe la même chose sauf qu’il ne progresse pas dans l’échelle karmique et reste au même stade. Néanmoins il reçoit un jeton karmique en compensation. Ces jetons se cumulent et sont des points bonus additionnables à la valeur de l’Oeuvre que l’on a réalisée. Si celle-ci atteint la valeur demandée, le joueur peut bien sûr conserver son anneau karmique. Voilà tout. Il reste quelques petites règles comme le fait de ne pas pouvoir cibler le joueur en face de soi. Mais je vous avoue qu’on n’a pas joué avec cette règle parce que quitte à pourrir ses potes, autant pourrir tout le monde. Et puis ça met de l’ambiance.

  • Pourquoi j’ai kiffé ?

Ce jeu ne paye pas de mine. Expliqué comme ça, un peu à l’arrache, à 2h du matin quand j’écris ces lignes, ce n’est pas très vendeur. Il faut réellement le tester pour se rendre compte de la richesse de la mécanique et de toutes les subtilités auxquelles ont pensé les concepteurs Eddy Boxerman et Dave Burke. Je ne peux pas vous détailler les cartes, ça serait trop long et j’ai piscine dans 20 minutes (oui à 2h du mat, Paris by night), mais chaque couleur a des effets qui sont très différents. Les cartes rouges ont tendance à être assez violentes et permettent de détruire une carte d’une Œuvre adverse ou de sa Main. Les cartes bleues sont un peu plus fourbes et permettent par exemple de voler la carte d’une Œuvre adverse. Les cartes vertes permettent plutôt de se constituer une bonne main et d’anticiper au mieux sa vie future. Mais comme je suis un amour, une petite crème aux œufs, un cœur fondant au chocolat, je vous ai déniché le pdf qui détaille les effets des cartes, tadaaa.

Vous pouvez donc adopter différents styles de jeu et en changer à votre guise selon la tournure de la partie. Mais l’intelligence de ce jeu réside dans le fait que pourrir un adversaire n’est pas une stratégie viable. Là où certains jeux se complaisent dans le « tu vas prendre cher » et qui aboutit toujours à de la surenchère (attention je ne dis pas que ces jeux ne sont pas drôles à jouer, au contraire), Karmaka incite le joueur à temporiser et à attendre le bon moment pour s’en prendre à quelqu’un. C’est d’ailleurs ce que nous avons mis un certain temps à comprendre et ce qui a permis à un de mes camarades de gagner. A force de s’en prendre à lui, il a pu conserver les cartes que l’on a utilisées contre lui pour sa Vie Future. Il a donc raté sa dernière réincarnation la première fois, mais a par la suite récupérer une main avec une seule et même couleur, ce qui lui a permis de construire une œuvre beaucoup trop importante pour être détruite, même à 3 contre 1. La fourberie est donc punie, tout comme la précipitation. En effet il est parfois judicieux de volontairement rater sa réincarnation pour gagner un jeton karmique d’une part, mais aussi d’optimiser les cartes que l’on aura pour sa Vie Future. Échouer n’est donc pas une fin en soi, au contraire. C’est un des aspects incontournables du jeu. J’en profite au passage pour saluer la cohérence de l’univers, qui mêle nature et religion (l’hindouisme ou le bouddhisme au choix) et qui sont extrêmement bien servis par les illustrations de Marco Bucci et les graphismes de Scott Nicely. Les cartes et le plateau de jeu sont splendides. J’en viens même à regretter qu’il soit si petit. 

Ce qui me fait le plus mal c’est que j’ai beau chercher, je ne vois aucun défaut à ce jeu et pourtant je m’efforce d’être le plus neutre possible. Je dirais que les parties peuvent être un peu longues, d’autant que là, l’animateur nous a fait comprendre qu’on avait clairement dépassé la durée moyenne à force de se foutre dessus en permanence. Un autre point négatif que je fais mais qui est à prendre avec des pincettes, c’est que les parties vont sans doute se suivre et se ressembler (je n’en sais pour le moment rien je n’ai pas le jeu, et j’ai fait une seule partie). Il n’y a pas beaucoup de cartes différentes et une fois qu’on a saisi l’esprit du jeu, on rentre vite dedans et le plaisir de la découverte n’y est plus. Néanmoins, Karmaka reste un excellent jeu, beau, intelligent et j’oserai même onirique. Testez-le, achetez-le si vous avez aimé. Si vous avez des amis un peu fourbes ils vont sans doute très vite accrocher. Si vous n’avez pas d’amis fourbes, faites leur quand même tester, la stratégie pacifiste peut fonctionner. Si vous n’avez pas d’amis du tout, désolé pour vous. Initialement prévu pour le début de l’été, le jeu a été repoussé plusieurs fois mais sera normalement disponible chez ton marchand de journaux et tous les bons libraires avant la fin de l’année pour un prix qui avoisinera 25 euros. Plutôt que de donner cet argent aux Restos du Coeur, vous pouvez obtenir Karmaka et j’irai en enfer pour cette blague douteuse mais bon. Karma is a bitch.

Les images sont © Lumberjacks Studio.

 Jeu : Karmaka                                                                                                                                                                              Editeur : Lumberjacks Studio                                                                                                                                                    Durée d’une partie : 30-60 minutes                                                                                                                                    Nombres de joueurs : 2 à 4 joueurs                                                                                                                                            Âge : +14 ans                                                                                                                                                                              Auteurs : Eddy Boxerman et Dave Burke                                                                                                                      Illustrations : Marco Bucci, Lane Brown (plateau et anneaux karmiques)                                                            Traduction : Julien Duprié, Jérôme Eyffred, Cécil His-Mahier, Sébastien Trudel

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