A travers les brumes de Via Nebula

Oui, je sais, cela fait un bon moment qu’on ne vous a pas parlé de plateau dans nos articles. Et pourtant ce ne sont pas les bons jeux qui manquent cette année…  parmi eux cette découverte faite au FIJ de Cannes qui, mois après mois, confirme être une des plus belles surprises de l’année 2016 : Via Nebula de Martin Wallace.

cover via nebula jeu de société cooperation martin wallaceDe prime abord, avec ses couleurs chatoyantes et ses meeples figurant des cochons, on pourrait croire que Via Nebula est un petit jeu familial et mignon. Pour sa jouabilité en famille, je ne dis pas, mais pour l’aspect mignon il y a matière à discussion.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, voyons d’abord le contexte : vous êtes un entrepreneur chargé de construire vos six bâtiments dans la vallée de Nebula. Le problème est que cette vallée est couverte de brume et que les éléments de construction sont disséminés à travers le territoire. Vous devez donc dissiper les brumes pour ouvrir des routes entre vos chantiers et les mines de production des matières premières, mais attention à vos concurrents qui peuvent bénéficier de l’aubaine !

Quand le bâtiment va, tout va

Via Nebula se joue de deux à quatre joueurs sur un plateau représentant la vallée embrumée : en début de partie, les jetons figurant les lieux de production des matières premières sont mis aléatoirement dans les emplacements libres. De cette mise en place va découler l’ambiance de la partie : on peut se retrouver avec des situations où les matériaux sont répartis équitablement ou au contraire avoir des espaces exclusivement réservés à un type de fourniture. Dans le premier cas, les joueurs vont faire la course au premier qui s’installe sur les chantiers de construction, dans le second ça va demander un peu plus de souplesse entre adversaires, lesquels vont devoir coopérer pour permettre aux matières premières de circuler à travers la carte.

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Construire un bâtiment passe obligatoirement par trois phases qui, ça tombe bien, correspondent à trois des six actions possibles des joueurs. -> Ouvrir un chantier -> Déplacer les matières premières de leur site de production au chantier -> Construire le bâtiment en prenant la carte correspondante parmi celles disponibles.

via nebula jeu société coop carte bâtiment distillerie asmodee space cowboysPour ouvrir un chantier, il suffit de poser sa tuile en forme de demi-hexagone dans une demi-case chantier disponible (il peut ainsi y avoir deux chantiers concurrents sur la même case, et ainsi deux bâtiments de couleurs différentes côte à côte).

Déplacer les matières premières est là aussi très simple. Il n’y a aucune notion de distance pour un déplacement, il suffit que la route soit libre (constituée de cases de plaine sans brume) pour transporter une fourniture de son lieu de production vers un chantier.

La construction, quant à elle, consiste à utiliser les éléments amenés sur le chantier pour « acheter » une carte bâtiment disposée sur le plateau. Le coût de la carte est indiqué en haut, les points de victoire que le bâtiment rapporte sont dans le cercle bleu.

Certains bâtiments bénéficient d’un pouvoir lors de leur construction, avantage qui peut déterminer la stratégie à tenir pour l’avenir.

À moi cochons, blés, bois, briques et pierres !

A ce stade de lecture, vous devez penser que tout cela est assez simple : il suffit de gérer ses ressources par rapport à ses chantiers et puis c’est tout. Sauf qu’avant d’envisager la pose de la moindre première pierre, vous allez devoir vous poser deux questions primordiales : où vais-je trouver mes ressources et par où vont-elles passer ?!?
via nebula meeple pion cochon ressource jeu societe coopératif asmodee space cowboysC’est là que les choses se compliquent un brin. Les ressources sont donc produites dans des zones décidées aléatoirement, et, ces centres de production -représentés par des jetons de couleurs-,  il faut :
– Primo, les ouvrir (ça coûte une action mais on gagne les points indiqués sur le jeton)
– Secundo, leur ouvrir un chemin en dispersant la brume.
Les centres de production ne sont pas des cornes d’abondance, leurs ressources sont limitées (cela va de trois à quatre unités par centre) et, cerise sur le gâteau, chaque joueur ne peut avoir que deux centres ouverts en même temps, il faut donc allier vos besoins en ressources avec ceux de vos adversaires pour à la fois prendre ce qu’il faut pour vos chantiers tout en espérant que vos voisins viendront aussi se servir pour libérer votre ouvrier bloqué jusqu’à ce que le centre soit vide.

via nebula jeu société cooperation carte bourg calme asmodee space cowboysComme je l’ai expliqué un peu plus haut, pour transporter les ressources des centres de production vers les chantiers, il faut ouvrir des routes. En fait, il s’agit de retirer la brume qui couvre les plaines.
On peut donc couvrir une case de brume par une tuile plaine en utilisant une action. Cela permet d’ailleurs de réduire sa réserve de tuiles « plaine » disposées sur le petit plateau individuel posé devant chaque joueur ; chaque pile retirée rapporte des points de victoire en fin de partie.

via nebula carte boeuf transport asmodee space cowboysComme on a deux actions par tour, on peut aller jusqu’à effacer deux cases brume dans son tour de jeu… sauf s’il s’agit d’une case « forêt pétrifiée ». Ces endroits difficiles à traverser sont – comme par hasard – disposés à certains endroits stratégiques du plateau obligeant parfois à d’impossibles contorsions pour les contourner. Du coup, il est souvent préférable de les effacer… et cela coûte deux actions ainsi que son amour-propre car généralement les adversaires se réjouissent bruyamment de cette aubaine dont ils seront sans nul doute eux aussi les grands bénéficiaires. Ce monde est sans pitié.

C’est là que se trouve toute la saveur de Via Nebula : l’optimisation de ses priorités passe immanquablement par servir les intérêts des autres. Deux joueurs bloqués dans une situation (il est rare qu’on soit tout seul sur une zone de la carte) et refusant de faire le premier pas ouvrant la route à son voisin, se ralentissent l’un l’autre pour le plus grand bonheur de leurs autres adversaires qui « coopèrent » (selon certaines limites) et progressent plus rapidement.

Conclusion brumeuse

via nebula jeu de societe carte joueur bleu asmodee space cowboysVia Nebula n’est surtout pas un coopératif, mais il faut faire preuve d’une rouerie particulière pour à la fois faire croire qu’on s’entraide tout en piquant la dernière ressource bois disponible sous le nez du voisin qui vient d’ouvrir un chemin. N’essayez pas de vous faire des amis avec ce jeu, c’est impossible, ou alors ils n’ont rien compris.

Pour terminer, je souligne l’excellent travail d’illustration de Vincent Joubert pour les cartes comme pour le plateau resté très lisible tout en mettant parfaitement dans l’ambiance. Il faut aussi souligner la qualité du matériel : bâtiments spécifiques pour chaque joueur, meeples assez jolis (on entend généralement « ooooh des cochons » de la part des nouveaux joueurs) et la figurine remportée par le joueur ayant mis fin à la partie en construisant sa sixième bâtisse.

Via Nebula est un des jeux de plateau « cubes en bois » les plus joués cette année à la Boite à Chimère, et ça n’est pas par hasard.

Toutes les illustrations sont © Space Cowboys

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