Décrocher la lune, en gardant sa tête sur les épaules.

L’autre jour, à la BàC, on a fait une soirée spéciale Décrocher la lune grâce à Bombyx qui nous a gentiment fait parvenir quelques boîtes du jeu de Fabien Riffaud & Juan Rodriguez ainsi qu’un très joli surdim’.

Quand j’ai appris l’évènement, ça a été plus fort que moi, je me suis tout de suite mis à chanter :

J’ai demandé à la lune
Et le soleil ne le sait pas
Je lui ai montré mes brûlures
Et la lune s’est moquée de moi

Et la lune s’est moquée de moi

Et la lune s’est moquée de moi

Et puis comme la lune se moquait de moi (et que je me souvenais plus des paroles) je me suis dit qu’il valait mieux se concentrer sur les choses sérieuses (le jeu c’est sérieux) et je me suis mis à cogiter sur l’organisation d’un tournoi de Décrocher la lune pour tous les joueurs de la Boîte à Chimère. Et pour commencer, baaaah, j’ai ouvert la boîte, j’ai lu les règles (pour une fois) et j’ai fais une partie.

Petite séance de rattrapage pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle…

Pour commencer, je note un très beau matos, un joli socle en forme de nuage, des larmes qui ne valent pas les perles de verre de la version proto (mais qui auraient sans nul doute fait monter le prix de la boîte en production sérialisée) et surtout une très belle finition sur les échelles qui sont très agréables à manipuler… Peut-être un peu fragiles : dans la boîte que j’ai ouverte, il y avait de base une échelle cassée (si ça se présente trop souvent le S.A.V. de Bombyx devra être réactif et faire voyager des échelles par la poste, peut-être qu’une ou deux pièces de rab’ dans la boîte auraient été les bienvenues), le tout servi dans un thermoformage sympa, bien pensé et en matière « effet velours » pour rappeler le petit côté onirique. Bref, bon point. On commence bien.

Pour le jeu, le but est simple : placer toutes ses échelles sur la structure qui se monte au fur et à mesure, et si possible, sans rien faire tomber. Bien sûr pour que ce ne soit pas trop simple, le placement dépend du résultat d’un dé spécial que chaque joueur lance à son tour de jeu. Trois faces possibles : Toucher deux échelles, n’en toucher qu’une, ou en toucher une ou deux mais faire en sorte de dépasser la hauteur de la structure précédente… Si vous échouez dans la pose d’une échelle de quelque manière que ce soit, la lune verse une larme (sans doute de rage et dépit face à tant de médiocrité) que vous récupérez sous les moqueries et les huées* des autres joueurs. Si la lune pleure sept fois, le soleil se lève et la partie est finie.

*optionnel, bien sûr. On peut bien sûr, en fonction de l’âge et du niveau de sensibilité des joueurs, autour de la table remplacer les moqueries par de l’indifférence, de la compassion, des encouragements…

Pour résumer, il s’agit d’un jeu d’adresse/empilage instable comme il en existe des millions (depuis les traditionnels Mikado jusqu’au cultissime Jenga, en passant par les récents Paku-Paku ou Kikou le coucou) mais avec un brin de quelque chose qui le démarque de la masse. Le thème, l’univers onirique, y est pour beaucoup mais c’est aussi ces échelles instables dès le départ (plusieurs configurations de départ sont d’ailleurs possibles en fonction de votre niveau), biscornues et toutes différentes ainsi que le dé qui contraint la pose et renouvelle le jeu d’une structure à l’autre. Bref, simple et beau avec une belle dose d’adresse : un cocktail diablement efficace qui va trouver son public en tournoi.

Petit rappel fait, place au tournoi made in BàC où seuls les meilleurs pourront toucher la lune du doigt…

Pour ce faire, déposez subrepticement un surdim’ de Décrocher la lune au milieu de la pièce afin d’appâter l’homo-ludens, expliquez les règles et laissez s’agglutiner les joueurs. Profitez ensuite de la première chute d’échelle pour glisser subtilement la conversation sur le tournoi et hop c’est parti…. En deux minutes, je récolte 23 inscrits (parce que 24 pour un tournoi c’est beaucoup trop simple) qui se vantent tous d’être des preux chevaliers des étoiles tous capable de décrocher la lune sans la faire pleurer une seule fois. Faut dire que l’enjeu est de taille, y a un open bar à gagner pour tous les demi-finalistes et surtout une boîte offerte par Bombyx pour le meilleur d’entre eux. Histoire de compliquer un peu la donne, de souder un peu nos membres et surtout de ne pas faire comme tout le monde, les éliminatoires se font à la mode chimèrienne. Autrement dit, on adapte les règles et on la joue en mode coop’. Le but est de poser toutes ses échelles, en suivant bien sûr les règles de pose du dé. A la fin de la partie, on compte la taille de l’échafaudage, le temps passé, le nombre de larmes restantes et le nombre d’échelles tombées. Compliqué mais il fallait y penser… Et puis figurez-vous, qu’en plus ça marche. Cette petite variante a auguré tensions et fou rire tout au long des parties. A l’issue de ces qualif’s la première équipe termine avec 14 points, la deuxième et la troisième ex-æquo avec 11 points.

Et comme, forcement, parmi les qualifiés il y a une table de joueurs impairs, me voilà du coup avec 13 demi-finalistes (parce que 12 pour un tournoi c’est beaucoup trop simple) à rincer au bar… j’espère que ça va pas porter malheur à la lune tout ça. On enchaîne donc avec une série de petites parties spéciales avec « timer » de 10 mn pour garder la main et accélérer la cadence afin d’être sûr de ne pas louper les derniers métros (le problème n°1 du joueur parisien). On notera d’ailleurs à ce sujet que certains filous de la Boîte à Chimère ont joué la montre (tout ce qui n’est pas interdit est autorisé) pour ne pas faire pleurer l’astre de la nuit trop vite et ainsi s’assurer une place en finale.

Pendant ce temps, le surdim’ ne désemplit pas et nombre de curieux, visiteurs de l’auberge de jeunesse de passage, veulent tous s’essayer à la pose d’échelle. je leur propose d’essayer quelques figures décrites dans le livret de règles. Certains se révèlent très doués dans l’exercice, d’autres beaucoup moins…  En tous cas, ça donne des idées pour les cadeaux de Noël et ça fait parler de notre loisir favori.

-« Je peux le trouver en grande surface ce jeu ? »
-« Non, faut aller en boutique spécialisée, je peux vous donner quelques adresses si vous voulez ? »
-« Ah, y a des boutiques qui font que du jeu de société ? Ils doivent vendre beaucoup de Monopoly pour être rentables. »
-« Bah non en fait, les Monopoly ça se trouve en grande surface. Vous savez qu’il y a plus de 500 nouveautés qui sortent chaque année en jeu de société. Et pas que des jeux pour les plus jeunes. Il y a même des festivals, nationaux et internationaux, avec des prix qui sont remis aux meilleurs jeux. »
-« J’ignorais. Ça a l’air chouette. »
-« Ça l’est ! »

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos décrocheurs de lune, et intéressons-nous à la finale. C’est parti pour la dernière bataille et je ne sais pas pourquoi pendant que les prétendants à l’ultime victoire s’installent j’ai ce gimmick d’MC Solaar en tête…

Yo mate ça. On est classé
Un arc et des flèches tel Cochise faut décrocher
Décrocher la lune et préparer le combat
Booster son aura comme dans ma tribu du Ghana
Poètes avec des amulettes, le mike c’est l’gris-gris

Mais je m’égare… A l’issu des demi-finales, nous avons qualifié 6 champions qui s’affronteront autour de 54 échelles (en espérant battre le record du monde de la structure la plus haute) mais avec une réserve inchangée de 7 larmes (pour que le jeu se termine un jour) et cette fois-ci avec la règle terrible du chacun pour soi. C’est l’apothéose de la soirée. A chaque lancer de dé les participants retiennent leur souffle et croisent les doigts pour ne pas tomber sur cette diabolique face « lune », celle qui oblige le joueur à poser une échelle de façon à ce que son sommet soit strictement plus haut que l’échelle la plus haute. Ils sont tellement dans le jeu que le public afflue autour de la table, délaissant un instant le surdim’ et leurs consommations pour voir s’affronter les meilleurs dans une finale épique. Ils prennent partie et encouragent leurs champions. Une chute d’échelle et c’est tous les spectateurs qui s’émeuvent en cœur. La tension est palpable, tout est calculé au millimètre, rien n’est laissé au hasard. Personne ne veut prendre la dernière larme et pourtant… A la 31ème minute du jeu après la pose de la 44ème échelle, tout s’écroule et la lune pleure sa dernière larme tandis que certains joueurs maudissent leur maladresse et que d’autres s’esclaffent. Le gagnant est vite trouvé, c’est le seul des six finalistes qui n’a pris aucune larme durant la partie. Il aura bien mérité son titre de grand champion de Décrocher la lune et sa boîte (offerte par Bombyx. Merci à eux.) pour s’entrainer d’arrache-pied, car nul doute que de nombreux challengers voudront lui ravir son titre à la moindre occasion.

Bref, encore une belle soirée jeux à la BàC, pleine d’émotions et de découverte. Vous en voulez encore ? Et bien rendez-vous mardi prochain, il y aura forcément un chouette jeu à découvrir ou (re)découvrir.

 

 

Decrocher la lune est un jeu de Fabien Riffaud et Juan Rodriguez
Illustré par Emmanuel Malin
Édité par Bombyx et distribué par Asmodée

 

 

Les photos qui illustrent l’article sont de © Laurent Poidevin et Blacksad pour les photos du tournoi prisent dans le cadre de l’AJ. Pour le reste c’est tout Droits réservés  © Bombyx/Asmodée.

 

 

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