From Murder… with Love.

Tout a commencé un beau jour d’août, où en rentrant vers un Paris somnolant entre canicule et période creuse, une amie de mon association de jeu de rôle me dit : « Il y a une murder qui s’organise dans quinze jours, ambiance 1920, ça te tente ? » Murder ? Années 20 ? Corps sanglants et costumes ? Mais de quoi qu’elle cause, celle-là ?! Tout simplement d’une soirée où chacun interprète un personnage, s’habille selon l’époque et tente de résoudre une enquête ou de suivre une intrigue durant quelques heures. Un mini-jeu de rôle grandeur nature en somme, mais dans lequel vous pouvez aussi bien être détective que veuve éplorée ; un hippie fantasque ou un féroce chasseur de prime du futur. Ou pourquoi pas l’assassin qui essaye de détourner les soupçons des enquêteurs présents !

C’était indiciblement alléchant ! Mis à part ce tout petit détail : je n’y connaissais rien ! Je n’ai jamais fait de théâtre, je suis nulle au Cluedo, quant aux costumes à ma disposition : taille 12 ans, dans les cartons de ma grand-mère.
Bref cela sentait la disqualification d’office mais à force d’encouragements et après avoir avoué mon inexpérience aux organisateurs — pour lesquels cela ne posait aucun problème — je m’y suis inscrite. Et bien m’en a pris : j’ai adoré !

De quelle façon incarner un personnage ? Quels moyens pour réaliser mon costume ? Comment interagir avec des inconnus, les règles, l’énigme… Toutes les montagnes que je me faisais se sont évaporées très vite, essentiellement grâce au fait que j’étais là pour m’amuser, tout comme les autres participants (PJ) et organisateurs (PNJ).

Quels sont les petits plus qui vont faire que vous et vos coenquêteurs allez passer une bonne soirée murder ? Pour moi cela tient en trois éléments : la préparation de votre personnage, son interprétation et le respect des autres protagonistes.

L’artiste à sa toilette

Tout comme Sherlock Holmes disait « la Femme » en parlant d’Irene Adler, qui incarnait pour lui la perfection de ce qu’une femme peut être, votre personnage doit être l’essence du rôle qui vous est confié. N’hésitez pas à accentuer certains traits pour le rendre plus facilement compréhensible aux autres et glisser plus aisément dans votre peau d’emprunt. Forcer sur les stéréotypes va vous permettre de vous faire comprendre sans même parler, juste avec votre costume et votre attitude.
Mettons que vous incarnez un mendiant à l’époque de la Terreur : qu’est-ce que cela vous évoque ? De vieux habits troués, le cheveu sale, un bonnet rouge, une cocarde, obséquieux et pas tout seul dans sa tête, un peu piteux, etc. Une élégante de la belle époque ? Cheveux plaqués, sautoir chic et fume-cigarette, le maintien hautain, sûre d’elle, etc.

poupées

Si vous êtes un peu perdu, parlez de votre personnage à des amis qui ne participeront pas à la soirée (afin de ne pas spoiler les autres joueurs). Les films et surtout internet sont des encyclopédies pour trouver des modèles d’attitudes, d’interprétation et d’archétypes.

Enfin, évitez de dépenser des fortunes pour une soirée murder, sauf si le costume devient une passion pour vous et que vous souhaitez participer à certains évènements de reconstitution historique (d’ailleurs, un futur article sur ce blog vous donnera conseils et astuces pour acheter ou créer vos costumes à moindre prix). En dehors de ces cas exceptionnels, le secret réside dans les détails et les accessoires. L’élégante belle-époque est facilement suggérée par un sautoir de fausses perles à quelques euros sur le marché ou prêté par une amie, beaucoup de gel et une plume pour travailler la coiffure. Bricoler un faux fume-cigarette à l’aide d’un vieux pinceau dépilé et peint en noir suffit à créer l’illusion pour la soirée.

montageTravaillez vos costumes sans stresser sur le regard des autres : tout le monde s’extasie sur un costume super travaillé et réussi, alors que parfois ce n’est que de la récup’ et le travail de quinze minutes. La lumière du soir atténue les petits défauts des réalisations des mains moins dextres. Vous bénéficierez des regards bienveillants tant que votre volonté de participer à l’atmosphère est manifeste. Par contre on vous a menti toute votre vie : le jean troué et les baskets blanches à la Renaissance c’est pas cool…

Pour changer totalement le caractère de votre visage et vous créer une personnalité rien ne vaut le grimage ! L’air inquiétant de cet homme de l’ombre : du fard à paupières sombre sous les yeux. L’air conquérant de cette starlette : le rouge à lèvres incarnat est un allié magique ! Sans être un as du pinceau on arrive avec trois bricoles et des conseils (tutoriel sur le net, pote roi de la métamorphose) à changer une physionomie. Le maquillage des personnages, qu’ils soient féminins ou masculins, est la petite touche finale qui vous fait passer de l’autre coté du miroir. De nombreux tutoriels du net vous permettront de devenir des experts très vite.

L’habit ne fait pas (seul) le moine

Lors de votre inscription à une murder, les organisateurs vous demandent généralement vos préférences et vos aversions afin de vous confier le rôle le plus en adéquation possible avec vos envies et vos capacités. Incarner un personnage peut être libérateur et rendre de grands timides très prolixes, créant de magnifiques monarques de la Renaissance tout en surenchère. Vous pouvez au contraire rester dans votre zone de confort et incarner un individu moins haut en couleur mais ô combien furtif et magouilleur ! Cela reste votre choix, personne ne vous reprochera jamais votre interprétation… sauf dans le cas où celle-ci va totalement à l’encontre du personnage qui vous a été confié par les organisateurs.

La murder-party est un équilibre plus ou moins précaire entre joueurs, via le background (l’histoire du personnage), les traits de caractère de celui-ci et l’histoire. Comme les organisateurs, vous êtes vous aussi garant de cette harmonie : certaines interactions entre joueurs sont expliquées dans la fiche transmise avant le jeu. À vous de respecter cela. Si votre personnage est décrit comme effacé, triste et dans l’ombre d’un autre, c’est qu’il y a une raison scénaristique. L’interpréter débonnaire et jovial risque de déséquilibrer le jeu et surtout de déstabiliser totalement le partenaire dans l’ombre duquel vous êtes sensé être. Si un point de caractère vous dérange vraiment, parlez-en avant avec les organisateurs.

nellie-olesonNormalement le filtre préférence/aversion doit limiter les couacs, mais les organisateurs sont aussi là pour adapter légèrement les rôles. Légèrement, car cela demande du travail et les changements de dernières minutes sont éprouvants : demander la réécriture d’un personnage et les interactions de tout un groupe, c’est juste… Non !

À part ça, l’interprétation de votre personnage est totalement libre. Cela s’apparente à du théâtre d’improvisation et, si comme moi vous n’en avez jamais fait, vos acteurs préférés vont normalement vous inspirer. Vous pouvez prendre le temps de vous imprégner de votre rôle et le travailler pendant des jours ou avoir la révélation cinq minutes avant le coup d’envoi : il n’y a pas de règle, vous aller trouver ce qui vous convient, à votre rythme. Et si votre interprétation n’est pas digne d’un Oscar et que votre accent du Yorkshire est égale au mien, ne vous inquiétez pas : nous sommes là pour nous amuser, pas décerner des médailles et encore moins juger ce qui est peut-être votre première expérience.
Pour vous approprier les personnages n’hésitez pas à vous reposer sur votre expérience. Le mendiant de la Terreur boite et zozote : ce n’est pas gentil de se moquer de la tante Berthe mais cela vous est utile ! Votre charmante actrice des années folles a des tics et se recoiffe toute les cinq minutes ? Repensez à cette voisine de siège du train Paris-Nice ce jour de la grève des cheminots… vous aviez failli lui arracher le chignon ? Et bien imitez-la plutôt !

Votre interprétation sert aussi à donner des indices à vos confrères pour la résolution de l’énigme. Vous pouvez faire passer des messages par votre jeu, vos mimiques plus ou moins poussés : on cherche un ancien militaire blessé au combat, comme c’est étrange que ce mendiant boite ! Se pourrait-il que… ?

Eux… les Autres !

Luter king

Vous allez interagir avec les acteurs de la murder grâce à votre game play, encadré par les organisateurs et les règles du jeu : les uns et les autres peuvent être aussi différents que les thématiques de jeu mais certains principes de base sont communs à toutes les murders.

Baston ! Mais en mousse !

Pas de contact physique lors des combats, les règles sont précises si un conflit doit être résolu martialement. Parfois les moments vécus sont tellement intenses qu’on ne sait jamais comment les gens vont réagir, donc sécurité avant tout : les armes sont des répliques en mousse ou tirent des munitions en mousse, avec trois zones à ne jamais toucher : la tête et l’aine, plus la poitrine pour les dames. Oh ! Et ne soyez pas des bourrins, un lundi matin j’ai eu toute les peines du monde à expliquer en réunion que je n’étais pas passée sous un train durant le week-end.

Astérix-bagarre

Du savoir-vivre, que diable !

Pas de geste ni de propos déplacé ou gênant. Vous ne savez pas toujours à qui vous avez affaire ni le degré de sensibilité des partenaires. Dans les parties à ambiance particulière qui frôlent (ou défoncent carrément) la bienséance prônée par Mme de Rothschild, les organisateurs vous préviennent en général à l’avance. Ils conviennent également d’un mot ou d’une phrase-clef permettant de faire comprendre à vos partenaires, sans sortir des rôles, que la situation vous dérange et qu’ils doivent rectifier le tir. On ne pourra jamais vous promettre que toutes les personnes que vos croiserez lors des murders seront de parfaits gentlemen ou des ladies accomplies, aussi en cas de soucis, allez voir un organisateur.

Role play (RP) : restez dans votre personnage !

Sortir à brûle-pourpoint « Bon ! Faut que je m’en grille une ! » ou parler de la dernière boulette du gouvernement fait exploser cette bulle. Pan ! Retour à la réalité (le fameux HRP) ! Et il est très compliqué pour certains de s’y replonger. Intégrez vos besoins de nicotine à la scène « Gente dame, excusez mon besoin de priser, je ne suis qu’un homme faible. » et autres nécessités « Dites-moi, mon cher hôte, pourriez-vous m’indiquer les commodités je vous prie ? » ou « Oh ! Raoul ! Si tu veux pas que j’te pisse dans les tiags, les gogues c’est par où ?! » en fonction du contexte. Il serait vraiment dommage de gâcher ce moment de role play délicat… Et on vous lâcherait le zombie de Mme de Rothschild à la fin de la soirée.

Appelez-moi Kafka !

Normalement les organisateurs de soirées vous font signer des décharges de responsabilité ou vous demandent d’adhérer à des assurances complémentaires, comme celle de la Fédé GN : cet élément est essentiel pour leur protection bien entendu, mais aussi pour la vôtre ! Cependant, que cela soit dû au rabâchage de règles de sécurité, au soin apporté aux préparations et à l’encadrement, peu d’accidents arrivent en grandeur nature ou en murder. C’est très bien et pourvu que cela dure.
Il peut vous être demandé de céder vos droits à l’image le temps de la soirée. Cela permet aux organisateurs de prendre des photos pour leur communication, mais surtout d’avoir des images souvenirs à proposer aux participants. Ce n’est pas tous les jours que l’on se grime en Darth Maul ou assimilé !

plume

Il y aurait beaucoup à dire sur les murder-partys : la multitude des univers, du futuriste mystique au médiéval asiatique en passant par le contemporain horrifique, les intervenants passionnés et surtout bénévoles donnant de leur temps pour faire vivre ce loisir atypique, le plaisir de fignoler un costume réalisé avec amour avec votre mamie ou totalement à la one again avec les fonds de tiroirs, trois paillettes et beaucoup de chatterton, les rencontres avec des gens incroyables vous embarquant dans des aventures qui le sont tout autant. Le mieux, c’est encore de se laisser infecté par le virus de la murder… voire de sauter le pas et de plonger dans les grandeurs natures !
Mais ceci est une autre histoire…

Photos de Nellie Oleson™, La Petite Maison dans la prairie, NBC© 1974-1983

Asterix et Obelix ©, René Goscinny et Albert Uderzo

Montages photos et illustrations© 2016 — La Boite à Chimère

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