Connaissez-vous Perplexus ?

Perplexus, qu’il soit « Rookie », « Original » ou « Epic », a été un vrai succès en France ces dernières années. Ce jeu a commencé à fleurir sur les étals des boutiques de jeux françaises en 2009 pour ne plus jamais les quitter et, malgré une concurrence rude dans le jeu « solo » – Inside the cube, Brains, Smart Eggs, Rush hour (et toute la gamme des Think fun en général) ainsi que les classiques Tetris, Rubik’s Cubes, Tangram… Pour ne citer que les plus connus – ça ne semble pas près de s’arrêter. Dans cet article, on va tenter de décrypter le pourquoi de ce phénomène ludique qui perdure dans le temps envers et contre tous.

Mais avant, pour ceux qui n’auraient encore jamais eu l’occasion d’avoir une grosse boule entre les mains à manipuler dans tous les sens, et qui ne savent pas de quoi je parle, séance de rattrapage :

Qu’est-ce que Perplexus ?

Et bien tout d’abord, je pense qu’il est important de le signaler, c’est un bel objet : une sphère transparente qui renferme d’intrigantes volutes en plastique coloré qui se croisent et se décroisent de façon apparemment désordonnée. Mais, au-delà de ses airs d’œuvre d’art contemporain et de son étonnant pouvoir de séduction visuel, cette boule c’est aussi et surtout un jeu d’adresse, un casse-tête retord pour petits et grands.

Le but du jeu est de faire parcourir à une petite bille d’acier un labyrinthe tridimensionnel en faisant pivoter la sphère qui la contient. La route est remplie d’obstacles plus ou moins faciles à passer : des spirales, des rampes, des escaliers, des bascules, des précipices, des nacelles… Pour réussir à mener sa bille au bout, il faudra jouer avec la gravité mais aussi faire preuve d’observation et de dextérité, car loin de se contenter de suivre un chemin tout tracé pour elle, cette dernière préfèrera tomber toutes les 2 secondes sur les parois transparentes de la sphère plutôt que d’aller là où vous vouliez. Vous l’aurez compris, comme dans tout bon casse-tête, avec Perplexus, votre patience sera mise à rude épreuve.

Si vous êtes du genre maladroit, irritable, brusque, impatient, nerveux, pressé… passez votre chemin car vous risquez de gentiment péter les plombs à chaque fois que la bille va tomber du circuit et il est important de noter (surtout si vous jouez avec le Perplexus d’un autre) que, bien que ressemblant à un OVNI, cette sphère a peu de chance de se remettre d’un vol plané à travers la maison suite à un excès d’humeur : oui, je parle de ce moment où vous en voulez à la terre entière parce qu’après 30 minutes de concentration intense durant lesquelles vous avez sué sang et eau, la bille décide de sortir du parcours juste maintenant, à deux doigts de la fin, entre les étapes 98 et 100. Bref, Perplexus est un jeu où seuls les plus habiles parviendront à mener leur bille jusqu’à l’arrivée !

Après cette brève description, je suis sûre que, pour la plupart des lecteurs, Perplexus ressemble plus à un engin de torture qu’à un jeu. Du coup on est en droit de s’interroger sur sa jouabilité réelle ; y a-t-il vraiment des personnes qui en toute connaissance de cause commencent une partie de Perplexus ? Eh bien faites l’expérience suivante. Laissez en libre accès dans le coin d’un salon ou sur une table basse lors d’une soirée un Perplexus et observez le comportement des humains présents dans la pièce. Très vite, le plus hardi du groupe, le chef de meute, va s’emparer de la sphère. Avec ses comparses, il va s’interroger, regarder, faire bouger la sphère… et paf ! Avant même qu’il ne s’en soit rendu compte, il va jouer. Comme le papillon dans la lumière, il est coincé ; il va tourner et retourner sa boule pendant de nombreuses minutes essayant de faire suivre à sa bille ce chemin de croix sans chuter pour arriver à la fin du parcours ou, à défaut, plus loin que son voisin.

C’est vrai, Perplexus est un jeu frustrant mais n’en déplaise à ses détracteurs, il est aussi extrêmement jouissif. Quoi de plus excitant que de prendre sa boule entre ses mains et de la triturer jusqu’au bout sans juter chuter ? C’est un de ces jeux dans lequel on apprend à perdre, l’enchaînement d’échecs joue sur nos nerfs, et met notre concentration à rude épreuve, mais quelle joie lorsqu’on arrive au but. Lorsqu’on réussit enfin !

Mais pourquoi a-t-il autant de succès ?

Auprès des enfants, sans nul doute que son look atypique – ce ballon coloré pour enfants peu sportifs – y est pour beaucoup. Les couleurs attirent, la taille fascine, la forme captive. Pas besoin d’aller beaucoup plus loin, pour impulser un acte d’achat chez la jeune génération. Le côté challenge tiendra les joueurs en herbe en alerte, ils deviendront vite accrocs et fascinés, ce qui rassurera les parents encore hésitants quant au bien fondé de ce jeu. Mais qu’en est-il des adultes ? Pourquoi certains accaparent-ils le bien de leurs progénitures et d’autres osent sans sourciller acheter la boule sans même prétexter un enfant dans les parages ?

Bien sûr le coté challenge, défi contre soi-même, a de quoi séduire plus d’un adulte qui a le goût de la compétition mais si Perplexus fonctionne aussi bien c’est, je pense, pour son côté Madeleine de Proust. Vous ne voyez pas où je veux en venir ? Allons, un jeu de labyrinthe infernal, ça ne vous rappelle rien ?

Tout d’abord Kong Man, un jeu sorti en 1982 et toujours sur les étals 10 ans plus tard. Le but était de faire évoluer une bille en fer à travers un parcours vertical endiablé tout en déjouant les pièges qui nous barraient le chemin (tiens, tiens, j’ai déjà parlé de ce principe quelque part) en appuyant sur un bouton bleu qui actionnait les mécanismes qui permettaient de faire avancer la bille. Ensuite son petit frère, sorti en 1989, Tricky Bille, un plateau pourvu de divers éléments à travers lesquels il fallait conduire une bille selon un parcours imposé (tiens, ce principe me dit quelque chose, j’ai déjà dû en parler quelque part) grâce à des petits boutons qui pouvaient actionner plusieurs éléments du plateau. Quel enfant, né entre 1980 et 1990, n’a pas passé des heures sur l’un de ces deux jeux, ou à défaut, rêvé d’y passer des heures ?

Et bien sans surprises, ce sont ces mêmes enfants devenus aujourd’hui des adultes trentenaires et respectables (enfin pour la plupart) qui achètent aujourd’hui Perplexus et dévalisent les étals des magasins de jeu avec le secret espoir de prendre une revanche sur leur enfance. Maintenant qu’ils sont grands, patients et ont acquis le sens des responsabilités, ils vont bien y arriver, ils vont enfin mener cette !§#§ »@!! de bille au bout du parcours.

Ou pas….

Perplexus, un jeu de Michael McGuinnis (un californien à la fois enseignant et magicien), est distribué en France par Iello. Il existe à ce jour 6 versions différentes de Perplexus : Original, Rookie, Epic, Twist, Warp, et le plus récent le « Star Wars » avec son X-Wing volant et ses lumières lors de la destruction de l’Etoile de la Mort. Il coûte entre 20 et 40 euros suivant les modèles et suivant les magasins.

 

PS: Si vous pensez que j’en rajoute sur le phénomène Perplexus, je vous conseille de faire un petit tour sur instagram ou twitter avec le hashtag Perplexus, vous pourriez être surpris du nombre d’addicts…

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