Les inventeurs, histoire d’un tournoi

Il était une fois, un auteur de jeu qui s’appelait Fred Henry. C’est un grand type, beau, intelligent et fort comme le sont tous les professionnels du monde ludique mais avec un je-ne-sais-quoi de plus qui le place au-dessus de la mêlée. Fred Henry diffère de ses comparses en ceci qu’il vient d’inventer un nouveau jeu appelé, ça ne s’invente pas, « les inventeurs« . Un jeu pas fini mais déjà tellement bien qu’il a décidé qu’on en parlerait bien avant les prémices de sa commercialisation. Pour ce faire, son idée de génie fut d’organiser un grand tournoi durant lequel de preux chevaliers ludiques de la France entière s’affronteraient pour avoir le privilège de tester son jeu et lui dire ô combien il était fantastique. Il eut donc comme idée d’envoyer une première missive sur un site internet bien connu des preux chevaliers de tous bords : Tric Trac.

Et c’est là que tout a commencé pour notre association ! Un soir de janvier entre deux parties de Dead of Winter alors que les frimas de l’hiver frappaient à la porte de la ludothèque, un membre de La Boite à Chimère se connecta sur Tric Trac et tomba nez à nez avec l’annonce de Fred Henry. Cet auteur mirifique cherchait des champions du monde ludique hébergés dans une association ? Eh bien il allait être servi avec nous. Sans le savoir, il venait de dénicher le plus grand vivier de joueurs parisiens élevés au bon grain et au meeple bio. OBJECTIFPARISDu coup, sans prendre le temps de réfléchir aux risques encourus, La Boite à Chimère se plongea corps et âme dans l’aventure. Ce tournoi, c’était l’occasion de quitter sa sphère de confort et de briller sur la scène ludique francophone. Attention, gare à vos fesses, la chimère, pour son héros le grand Fred Henry, allait sortir de sa boite et conquérir la France du jeu!

Le tournoi se déroulant sur l’ensemble du territoire national et l’enjeu étant de taille (5000 € de jeux pour le premier, puis 3000 €,  2000€  et 1000€ pour les seconds, troisièmes et quatrièmes – En plus de la gloire éternelle qui nous attirait comme le miel attire les mouches) il y avait deux/trois formalités à suivre pour s’assurer que seuls les meilleurs chevaliers puissent concourir. Rien de bien sorcier en fait, il suffisait d’inscrire son association via une échoppe ludique de renom. On a donc mandaté Le Meisia, notre pourvoyeur de jeux et partenaire naturel depuis quelques années, afin qu’il s’occupe des démarches.

Et puis, tel un jeune chevalier impétueux plus occupé à jouer qu’à sauver des damoiselles en détresse, on a oublié… Jusqu’à ce qu’un joli jour du mois de mars notre échoppe nous prévienne qu’une boîte était arrivée à notre intention. Le prototype des « inventeurs » était enfin là, rien que pour nous, humble association parisienne. Nous nous sentions au-dessus du commun des mortels ; nous avions le privilège immense de serrer entre nos petits doigts boudinés un proto réalisé par les doigts calleux de Loïg Hascoët. Bref, nous avions une boîte blanche dans les mains ; à nous maintenant de trouver la manière de l’ouvrir sans être éblouis.

Cela se fit quelques jours à peine après la réception du saint graal, lors d’une de nos soirées hebdomadaires. A l’intérieur de cette merveilleuse boîte blanche  se trouvait un contenu époustouflant :  quelques jetons de carton découpés, des kubenbois de diverses couleurs, des plaquettes en carton plume sur lesquelles se trouve un personnage qui ressemble curieusement au graphisme de la signalisation des toilettes pour hommes, un petit pochon de tissu et un cylindre en bois. Du rêve à l’état brut ! Personne ici ne savait comment jouer avec tout ça, mais une chose était sûre : tout le monde voulait y jouer ! Et ça n’allait pas tarder… indexAprès lecture des règles, ma foi fort simples – et sur lesquelles je ne vais pas m’attarder, puisque de nombreux sites vous les expliquent déjà – nous avons orchestré des séances de jeux (car nous sommes des joueurs organisés et disciplinés)  sur la base du premier arrivé, premier servi.

Ainsi soirs après soirs, nous nous sommes tous gorgés de parties jusqu’au petit matin avec l’espoir secret de devenir champion du Meisia. Car jouer pour le plaisir n’était cette fois pas suffisant, il y avait un enjeu, un défi lancé par le grand Fred Henry: Il fallait représenter les couleurs de la Boite à Chimère lors d’un grand tournoi national !  Du coup, un beau jour, à force de parties, comme la rosée sur l’herbe fraîchement tondue, notre champion est apparu. Se distinguant de la masse de chimériens, par un sourire ultra-bright et de longs cheveux qui flottent au vent. En plus d’avoir le même nom que l’auteur du jeu, il avait toutes les qualités requises pour représenter l’asso : beau, intelligent et surtout invaincu aux Inventeurs. Avec lui, La Boite à Chimère serait sans nul doute extrêmement bien représentée.

On lui prodigua soins, massages et conseils pour le grand événement : la première étape de qualification au Nid à Paris le 15 mai 2016. Là, il devait écraser ses rivaux venus de toute l’Ile-de-France et nous revenir avec un avantage psychologique non négligeable pour disputer la grande finale de septembre. Seulement, moins d’une semaine avant le jour dit, notre champion dut déclarer forfait ; la peur des feux de la rampe sans doute. C’est donc dans la précipitation – il pleuvait ce jour-là – que nous dûmes choisir un champion suppléant. Après une ultime partie à 5 joueurs, la mort dans l’âme, le cœur en berne, la moins mauvaise, fut qualifiée…  En l’occurrence, moi  (oui, du coup j’ai hérité de l’article) et bien que peu confiante dans le résultat de ce tournoi, il fallait prendre sur moi et défendre l’honneur de La Boite à Chimère du mieux que je pouvais. Après tout, on n’avait rien à perdre, même arriver dernier est un honneur quand on sait que l’illustre Fred Henry est de la partie. Il suffirait de jouer (et c’est encore ce que je fais de mieux dans la vie) pour le reste on verrait bien ce que ça allait donner.

Et le grand jour arriva…

C’est donc armée de mon proto et de quelques feuilles de commentaires de chimèriens que je me suis rendue au Nid. Lorsque je suis arrivée, le lieu était déjà bien plein et pour cause… Une vingtaine de candidats (on devait être 28 mais certains ont déclaré forfait – ils n’ont pas trouvé de roue de secours à la dernière minute eux… ) pour la plupart accompagnés d’une ou deux personnes, plus les clients du bar réguliers. Bref difficile de se frayer un chemin jusque dans le fond du bar où le grand, le magnifique, l’incontournale Fred Henry nous attend tout sourire. Je tremble d’émotion lorsqu’il m’adresse la parole pour me demander de m’inscrire sur un bout de papier douteux ; j’obtiens le numéro 9.

Il fait chaud, l’atmosphère est bruyante, on ne sait pas où se mettre pour ne pas gêner les gens qui continuent d’arriver et de s’inscrire mais l’ambiance est bonne, Fred Henry nous met à l’aise et nous force à aller chercher à boire. Aujourd’hui c’est open bar pour les joueurs comme pour les accompagnants. Sûrement une ruse pour endormir nos réflexes qui, en ce dimanche après-midi, ne sont déjà pas au top… Je finis par m’asseoir, je fais connaissance avec mes adversaires pour cette partie. Une majorité de femmes à ma table, c’est étonnant et ça fait plaisir. Je suis la seule à venir de Paris, les autres viennent des 4 coins de l’Ile de France et représentent des associations dont je n’ai jamais entendu parler. Ça fait bizarre, le monde du jeu n’est pas si grand et on pense connaitre au moins toutes les asso de sa région, force est de constater qu’un petit rattrapage en ce domaine s’impose mais pour l’instant on a d’autres objectifs que celui de mettre à jour sa carte des clubs de jeux francophones, la partie va commencer : CONCENTRATION !

Les joueurs savent tous où ils sont et ce qu’ils veulent, ça réfléchit vite, ça joue vite, ça envoie des petits coups de pression : « T’es sûr que tu veux inventer le feu ? A mon avis c’est pas rentable pour toi… » « Si tu prends ce jeton, je te préviens au prochain tour je me venge » mais toujours avec le sourire et dans la bonne humeur.  Les gens passent un bon moment et ça se voit.

Et puis la partie s’achève… on compte les points. Révélation inattendue, je suis deuxième de ma table (ce qui me permet d’obtenir un bonus de +2 pour le classement général), j’entre de plain-pied dans la compétition avec 28 points. Peut-être que j’ai mes chances après tout… Une petite pause pour respirer un peu d’air frais sur le trottoir et c’est parti pour le deuxième round, je tente encore une fois d’appliquer ma stratégie qui consiste à prendre en priorité les brevets et les bonus de l’ami Ricorée ; oui celui où Le jour vient de se lever et on réveille ses inventeurs sans passer son tour. Mais cette fois-ci les joueurs ne se laissent plus faire ; j’ai du mal à rafler la mise, plusieurs fois on me met des bâtons dans les roues, apparemment je suis une tête à faire tomber… Je termine tout de même troisième avec 25 points. Je suis un peu déçue mais à ce stade rien n’est joué ! Une petite bière, pour se donner du courage et on continue. Mes deux supporters m’encouragent et ne cessent de me demander ce que je veux boire et manger, ils m’apportent tout ce dont j’ai besoin, je suis choyée.

Manche trois : l’alcool me monte à la tête et me galvanise. Je tente de sortir de ma zone de confort et d’être plus opportuniste, ça embête mes adversaires. C’est plutôt bon signe. On parle beaucoup lors de cette partie, on se chambre, on se teste, on chougne « Non, ne m’embête pas, je suis à la traine sur les scores… » « Regarde tous les points du jaune, c’est lui qu’il faut bloquer« . Ça s’éternise ; résultat toutes les tables ont terminé leur partie et nous n’en sommes qu’à l’âge II. Tout le monde nous regarde et attend après nous, Fred Henry lui-même se donne la peine de nous demander de nous dépêcher (un honneur sans précédant) de toutes les parties tests qu’il a organisé, la seule qu’il ait vu jouer aussi lentement c’est celle où il a mis en concurrence une huître, son chien, et un éditeur dont je tairai le nom par respect pour lui. Bref, la pression est à son maximum. Et lorsque la partie s’achève enfin, j’ai la satisfaction de terminer à nouveau deuxième de ma table ; ouf je remonte.

Je commence à fatiguer, le bruit ambiant et la chaleur deviennent assez durs à supporter (la bière en revanche se supporte toujours très bien) mais pas de répit possible, il faut enchaîner et se re-concentrer tout de suite pour la quatrième et dernière manche. On vient me souffler à l’oreille qu’à ce stade je suis 5ème au classement général. Hein ? Quoi ? Comment ?  C’est possible ? Bon bah si je me plante pas trop sur la dernière partie ça devrait le faire. Courage, dernière ligne droite.

J’ai dit quoi, déjà ? Si je me plante pas trop… Ah oui, bah là c’est loupé. Sur cette dernière partie, c’est l’hécatombe. Mes adversaires me collent aux basques, se placent dans mon sillon… ils jouent les opportunistes (c’est dégueulasse de faire ça, je ne me serais jamais permise de faire une telle chose…………) et je me retrouve toujours en carafe, impossible de me placer correctement ; mes inventeurs ne correspondent pas du tout aux inventions tirées. Je subi complétement la partie. C’est la catastrophe assurée en perspective. Après 40 min de jeu, le verdict tombe : 4ème avec 19 points. Une honte par rapport à mes scores précédents mais je me console en me disant que c’est toujours plus que ce que j’espérais faire en arrivant.

On attend les résultat en buvant un dernier coup (parce qu’il faut abuser des bonnes choses) et en discutant de cet après-midi mouvementé entre participants. Tout le monde est enchanté, les meilleurs comme les moins bons. Tout le monde a passé une super journée grâce au talent de GO de l’auteur et on a rencontré de nouveaux joueurs tous très sympathiques. Le jeu, malgré quelques défauts qui vont être gommés dans la version finale, tourne bien et enchaîner les parties n’est pas une contrainte. Et cerise sur le gâteau, les résultats viennent de tomber, malgré mon gros ratage en dernière manche, ça passe ! Je suis qualifiée pour la grande finale de septembre.

Je fête cette excellente nouvelle avec une photo en compagnie de mon héros (et d’une bière) histoire de mettre un joli point final à cette journée mémorable. Je ne serai donc pas de corvée à La Boite à Chimère pour les 6 mois à venir, et ça c’est la bonne nouvelle de fin de tournoi. Le chevalier Blacksad peut donc rentrer la tête haute sur son destrier urbain, il sait que son travail a été accompli et que grâce à lui on parlera longtemps de La Boite à Chimère dans les couloirs du château Bombyx comme d’une association qui s’est donnée les moyens d’arriver à ses fins. Le contrat est rempli (de justesse, certes, mais rempli…) et comme la journée a été rude, que les parties se sont enchainées quasiment sans arrêt. Pour s’en remettre, rien de mieux qu’une petite soirée jeux chez moi : Splendor, Sapiens et Objets trouvés… ( j’ai perdu à tout ! Enfin, je me retrouve…).

Maintenant, rendez-vous pour la finale nationale le 4 septembre au Cocon Ludique à Paris !

2 pensées sur “Les inventeurs, histoire d’un tournoi

  • 17 novembre 2016 à 4 h 46 min
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    Et la suite du 4 sept?

    Article tb rédigé qui permet de vivre cette aventure, par procuration bien entendu

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  • 22 novembre 2016 à 20 h 56 min
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    La suite ? Chronique d’une humiliation devant toute la France… Çà peut se faire, je sais que mes fans se passionnent autant pour mes réussites que pour mes échecs. 🙂

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