De Cyberpunk 2013 à Cyberpunk 2077

Pour la petite histoire Mike Pondsmith, le créateur de Cyberpunk 2013 (ed 1988), premier JDR sur le thème de la cybernétique et du transhumanisme dans un monde dystopique, a relancé une édition compilation la V3 qui fut un échec commercial mais un prélude bienvenu pour récupérer les droits d’auteur disséminés dans une création souvent collaborative où des dizaines de personnes ont écrit un petit morceau du jeu !

Une fois l’échec attendu consommé il était temps de lancer la machine CD Projekt Red et le jeu mis aux goûts du jour : Cyberpunk 2077 et Cyberpunk Red le Tabletop. Comme pour The Witcher, CD Projekt Red a fait appel à Talsorian Game fondé par Mike Pondsmith lui-même pour écrire un JDR papier baptisé Cyberpunk Red qui fait le lien entre 2013 et 2077 rappelant tous les évènements (plus ou moins heureux), tous les gangs, toutes les corpos imaginées dans cette ville monde Dystopique .

Pour ceux qui ont aimé le RPG (j’utilise l’acronyme anglais pour le jeux vidéo qui est différencié du Tabletop RPG), il risque d’y avoir une petite déception, la technologie de Cyberpunk 2077 n’est pas représentée. Les scénarios peuvent se dérouler avant 2077 dans une période allant de 2013 avant l’atomisation de la tour Arasaka par l’iconique rockerboy Johnny Silverhand jusqu’à 2069/2070 la « guerre d’indépendance » qui oppose Night City aux New USA quoiqu’il soit supposé être joué en 2045.

Un des biais cognitif de l’époque (1988) était que le Japon serait une menace ou une force redoutable et redoutée ainsi l’indépendance ici est au mieux une volonté de repositionnement de la ville sur l’axe Asie Pacifique via la corpo Arasaka, finalement un thème d’actualité géopolitique. Dans le RPG en 2077, cette guerre semble devenue une fusion/acquisition au détriment des NUSA et de Militech (la corpo qui représente le complexe militaro industriel des NUSA).

J’aime ce genre, j’ai aimé le RPG et j’ai voulu me lancer dans une appropriation imaginaire de Night City.  Une cité corpo dirigée par le vil maire Rhynes abandonnée aux gangs qui tiennent des quartiers et où règne la ségrégation socio spatiale tant ethnique qu’économique, où les monades urbaines (ces unités architecturales totales inventées par R. Silverberg voir le roman éponyme bien mieux que le film High Rise) côtoient les zones de guérillas et les quartiers périurbains en déclin à l’image des suburbs où arrive Marty dans Retour vers le futur 2 ou de la zone des Lowtech dans Johnny Mnemonics.

Les règles  sont basiques, un simple système de 1d10+ compétences ou caractéristiques confronté à une niveau de difficulté à dépasser et non à atteindre. Simple, efficace et facile a s’approprier . La simulation de l’interface / matrice est beaucoup plus jouable que sa sœur de Shadowrun.

Le système de rôle permet de créer des ambiances de jeu très différentes selon que l’on choisisse d’incarner une équipe de nomades façon mad Max dans les badlands ou d’espions corpo à la Mission Impossible . On peut aussi envisager d’enquêter sur le prochain éco massacre Pelican Bay style bon point de départ pour un avocat corpo ou un média .  Enfin pour qui rêve de devenir une star, il est possible d’incarner un  groupe de musique à la recherche de la gloire et plongeant dans les problèmes. 

Il me semble important de jouer cette cohérence ou ces oppositions et donc de les envisager dès la création de l’équipe de personnages afin de donner une ligne directrice aux parties.

Bien sûr c’est un jeux mature où la drogue et la violence voire le sexe ( quelle idée bizarre ) peuvent être présents mais selon les angles de jeu cela peut devenir totalement accessoire.

Je dirais qu’emballé par l’idée de jouer dans cette ville monde crée virtuellement par CD Projekt et ayant hâte d’utiliser ses décors, les défauts du jeu furent vite gommés. Pourtant le système de combat au corps a corps est étrange et les technologies antiques en comparaison du RPG. Certains gangs compilés sont au mieux rigolos et la ville avec sa zone radioactive façon Hiroshima laisse dubitatif. Pour ma part, j’ai choisi de jouer en 2070, d’utiliser la carte de la ville fournie par le jeu vidéo et pour la tech je le lis ainsi : seuls l’élite corpo a accès aux technologies du jeu vidéo, le reste des terriens se contente des technologies du livre de règles, puissantes mais quasi obsolètes. Il ne faut pas imaginer que le netrunner puisse hacker ses ennemis. Il se contentera des drones et des systèmes de sécurité et c’est déjà pas mal !

C’est le seul jeu qui a le mérite de pouvoir s’appuyer sur une ville virtuelle. Pour ma part, c’est ce qui m’a séduit le plus : écrire des histoires entre les lignes utiliser les décors et les corpos  cachées …

Bref pour les Conteurs qui ne se focalisent pas sur les règles ou pour ceux qui veulent imaginer ce que serait la vie dans Night City sans être un surhomme qui Hack and Shoot sa voie vers la mort grâce a son clavier …

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